Sans crise et sans asservissement : les monnaies libres

17 personnes se sont passé le relais pour vous expliquer l’enjeu que représentent les monnaies libres :

Monnaies libres vs. monnaies dettes

Nous appelons “monnaies libres” les systèmes monétaires dans lesquels la monnaie est créée à parts égale par chaque être humain par le biais du dividende universel.

Pour l’instant, à notre connaissance, il n’existe, qu’une seule monnaie libre :

  • la Ğ1

Les monnaies libres se différencient des “monnaie dette“, dans lesquelles la monnaie est créée par quelques banques privées par le biais du crédit bancaire.

Il existe de nombreuses monnaies dettes, et il est probable que vous en utilisiez une tous les jours. Nous ne la nommerons pas, car nous n’aimons pas faire la publicité des monnaies concurrentes à la nôtre.

Vous trouverez sous tous types de formats, livres, audio ou vidéo, des contenus de vulgarisation du système “monnaie dette“.

Par exemple, cette vidéo de vulgarisation, par Nicolas Meyrieux :

Maintenant que vous avez une petite idée du fonctionnement des monnaies dettes, voyons ce qui différencie les monnaies libres :

Différences principales entre monnaies libres et monnaies dettes

1. Les monnaies libres n’asservissent pas

Le système “monnaie dette”, puisqu’il crée la monnaie par l’intermédiaire du crédit bancaire, est intrinsèquement inéquitable : seuls ceux qui ont accès au crédit bancaire peuvent voir leurs projets se réaliser.

Ceux qui n’ont pas accès au crédit bancaire doivent travailler pour ceux qui y ont accès. Et ces derniers ont le pouvoir d’utiliser cet avantage pour façonner le monde tel qu’ils le souhaitent.

En monnaie libre au contraire, la monnaie est créée également pour tous.

Elle devient alors un instrument neutre de mesure des échanges, et non un instrument de pouvoir.

2. Les monnaies libres laissent chacun libre de juger ce qui est valeur (et ce qui ne l’est pas)

La monnaie dette base son éthique sur l’idée que les banques privées seraient légitimes pour décider de ce qui est valeur, et y allouer une création monétaire en conséquence.

Mais, qu’il s’agisse d’un bien, d’un service, d’une œuvre d’art, d’une découverte, ou d’une invention, la valeur d’une production n’est jamais objectivable.

De la même façon que le proverbe dit :

la beauté est dans l’œil de celui qui regarde

ou encore :

“des goûts et les couleurs, on ne discute pas”

la monnaie libre dit :

La valeur est toujours relative à l’observateur.

C’est seulement dans les systèmes de monnaie libre, où la création monétaire se fait par chaque individu, à parts égales via un dividende universel (DU), que les individus sont libres de valoriser ce qu’ils ont eux-même décidé de valoriser.

A contrario, dans la monnaie dette, ce sont les banques qui choisissent ceux qui auront les moyens de produire, et donc, in fine, ce qui sera produit.

3. Les monnaies libres libèrent la création

Les monnaies dette n’empêche pas toujours complètement la création.

Si on observe par exemple les vidéastes qui, sans plus de moyen qu’un ordinateur, un micro et une caméra arrivent à dépasser en qualité des émissions très bien financées par la création monétaire privée, on peut se dire que les gens créatifs parviendront toujours à créer, même sans être financés.

Mais on ne voit que ce qui est, et pas ce qui pourrait être !

On observe bien, d’ailleurs, comment la création est directement fonction des moyens de production : depuis que le prix du matériel est devenu accessible à un nombre bien plus grand, une quantité phénoménale de vidéos est produite. C’est plus vrai encore quand les gens ont le temps de créer (pendant un confinement par exemple).

Et ces créateurs, dont les productions sont reconnues par d’autres êtres humains via des plate-formes de financement participatif (Tipeee, Patreon, Liberapay), auraient-ils obtenu un crédit bancaire s’ils étaient allés présenter leur projet auprès d’une banque ?

Chez les monnaie-libristes, on entend parfois cette formule qui résume bien l’idée générale :

Ça pousse là où on arrose.

Si on s’intéresse à la recherche scientifique et à l’innovation, A. Pluchino et al. ont déjà montré, que, pour la recherche scientifique, la meilleure façon de distribuer des crédits n’est pas de donner à “ceux qui ont déjà trouvé”, mais de distribuer les crédits recherche à parts égales entre tous les chercheurs.

Car, à moins de pouvoir prédire l’avenir, on ne peut pas financer les découvertes ou l’innovation :

on ne finance jamais rien d’autres que êtres humains !

Certains trouvent, innovent, créent, mais on ne peut jamais déterminer à l’avance qui produira une valeur intéressante.

Et, même si on savait prédire qui va créer une valeur intéressante…

intéressantes pour qui ?

Les valeurs peuvent être jugées intéressantes par une génération, mais on ne peut pas affirmer qu’elles le soient par la génération suivante.

Donc, même si on pensait pouvoir prédire l’apparition de valeur, et donc garder le système monnaie dette, il faudrait que la masse monétaire croisse en proportion de l’espérance de vie, c’est-à-dire autour de 10% par an pour les zones monétaires où l’espérance de vie est de 80 ans.

4. Les monnaies libres ne produisent pas de crises

Le système monnaie dette crée des unités monétaires (euros, dollars, etc.) par le biais du crédit bancaire.

Quand un particulier ou une entreprise a besoin de monnaie, la banque peut créer cette monnaie “ex nihilo” (à partir de rien) par un simple jeu d’écritures comptables comme vous pourriez le faire avec n’importe quel logiciel de tableur, en mettant des “+” ici et des “” là, c’est-à-dire en ajoutant une ligne “à l’actif” et une autre “au passif”.

Ce crédit bancaire génère fréquemment l’apparition de bulles spéculatives :

  • bulle internet (dite “du .com“) au début des années 2000,
  • bulle de l’immobilier américain (dite “des subprimes“) en 2008,
  • etc.

Ces bulles posent deux problèmes :

  • lorsque le crédit bancaire est débridé : une augmentation des prix dans certains secteurs (ex : l’immobilier à Paris)
  • lorsque le crédit bancaire s’arrête d’un coup : une part non négligeable des particuliers ou entreprises qui ont contracté un crédit se voient dans l’incapacité de payer les intérêts ou le principal, ce qui engendre fermetures d’entreprises, licenciements, et expulsions.

En monnaie libre au contraire, la monnaie n’est pas créée par le biais du crédit bancaire, mais par chaque être humain à travers un dividende universel.

La monnaie apparaît de façon homogène partout où il y a des êtres humains. Il n’y a donc pas de bulles dans certains secteurs de l’économie.

Même les disparités géographiques sont amoindries, car il n’y a pas dès le départ plus d’argent produit pour les villes les plus grandes.

La Ğ1 : première monnaie libre

Le 8 mars 2017 est apparue la première monnaie libre : la Ğ1.

Logo G1

Un concept démontré mathématiquement

Le terme “monnaie libre” a été utilisé pour la première fois en 2010, par Stéphane Laborde, pour désigner l’unique solution au problème suivant :

Comment rendre tout individu, quelque soit l’endroit ou l’époque où il naît, égal à tous les autres devant la création monétaire ?

Dans son ouvrage intitulé Théorie Relative de la Monnaie (souvent abrégé TRM), Stéphane Laborde fait la démonstration mathématique des conditions à respecter pour obtenir un système monétaire qui ne défavorise personne.

Couverture de la Théorie Relative de la Monnaie

Vous pouvez lire librement la TRM, en ligne, ou en commander une version papier sur Lulu.com. Certains chaitres sont très mathématiques et nécessitent de comprendre le calcul différentiel. D’autres, comme le chapitre “Histoire de la monnaie” sont accessibles même sans lourd bagage mathématique.

45 minutes de vidéo pour comprendre les monnaies libres

Pour continuer à dégrossir le sujet et vous familiariser avec quelques notions clefs, écoutez Stéphane Laborde expliquer la théorie relative de la monnaie dans cette conférence donnée à l’université d’été du Mouvement français pour un revenu de base.

Note : cette captation vidéo date de 2014 ; ce est dit à partir de 44’30 n’est plus parfaitement à jour car, en 2014, la Ğ1 n’existait pas encore (elle est née en 2017).