« Il y a des billets ? Des pièces ? »

La notion de monnaie libre est indépendante du support : une monnaie libre peut être matérialisée physiquement, tout comme elle peut être 100% numérique.

Pour la 1ère monnaie libre de l’histoire de l’humanité, la Ğ1, le choix a été fait, de faire une monnaie numérique, en

Des projets de billets (comme Ğ1billet) sont en cours de développement, afin de faciliter les échanges pour les personnes n’étant pas à l’aise avec un smartphone.

Certains groupes locaux, comme celui de Lodève, ont aussi commencé initié la création d’une monnaie locale adossée à la Ğ1 : le BEL (Bon d’Échange Lodèvois).

Le BEL (Bon d'Échange Lodèvois)
le BEL : Bon d’Échange Lodèvois (source)

« C’est une monnaie virtuelle ? »

Que nenni !

Est “virtuel” uniquement ce qui n’existe pas.

La Ğ1 existe bien, tout comme les milliers de transactions effectuées par ses utilisateurs depuis sa création, le 8 mars 2017.

Le fait que les Ğ1 utilisées soient stockées sur des ordinateurs ne la rendent pas virtuelles.

95% des euros en circulations n’existent que sous forme numérique. Pour vous convaincre de ce chiffre, comptez les euros présents dans votre porte-feuille et rapportez les au total des euros que vous possédez : vos pièces et vos billets représentent-ils ne serait-ce que 5% du total des euros que vous possédez ?

Et bien-sûr, en aucun cas tous les euros affichés sur les soldes de vos comptes courants et épargne ont leur pendant sous forme de billets ou de pièces, et encore moins de lingot d’or. Sont-ils pour autant “virtuels” ?

« C’est sécurisé ? »

La Ğ1 est basée sur la technologie de la blockchain, ce qui rend les transactions infalsifiables.

« Blockchain ? Alors la Ğ1 c’est comme le Bitcoin ? »

Pas vraiment.

D’une part parce que la monnaie libre est un concept général. Une monnaie libre n’est pas nécessairement basée sur la blockchain, même si c’est le cas de la Ğ1.

D’autre part parce que le mécanisme du Bitcoin est « premiers arrivés, premiers servis », ce qui est totalement l’inverse du concept même de monnaie libre.

Dans la monnaie libre, deux personnes qui seraient membres de la toile de confiance pendant une même quantité de temps produiraient la même part relative de monnaie, et ce quelle que soit leur date d’inscription.

Prenons un exemple :

Stéphane, est rentré dans la toile de confiance en 2017. Imaginons qu’il y reste jusqu’en 2067. Il aura produit sa part de monnaie pendant 50 ans.

Imaginons maintenant que Mila rentre dans la toile de confiance en 2039, et y reste jusqu’en 2089. Elle aussi aura produit sa part de monnaie pendant 50 ans.

Peu importent les dates auxquelles Stéphane et Mila auront commencé à produire de la monnaie : s’ils restent producteurs de monnaie pendant la même durée, alors ils auront, au cours de leurs vies respectives, été égaux devant la création monétaire.

« La Ğ1 est une crypto-monnaie ? »

On peut dire ça, dans le sens où la blockchain est basée sur de la cryptographie.

Mais la cryptographie n’est l’apanage ni de la blockchain ni des monnaies que la presse appelle “crypto-monnaies”.

La cryptographie intervient tout aussi bien pour sécuriser n’importe quelle transaction numérique, qu’elle soit en euros ou dans n’importe quelle autre devise.

« Peut-on spéculer sur la Ğ1 comme certains ont spéculé sur le Bitcoin ? »

Vous pouvez essayer de spéculer sur la Ğ1, mais on ne vous le conseille pas ^_^

La raison pour laquelle le Bitcoin a “pris de la valeur” avec le temps (c’est-à-dire qu’un Bitcoin s’est échangé contre de plus en plus d’unités d’autres monnaies), c’est que le Bitcoin est, par essence, déflationniste : le nombre de Bitcoins qui peut exister est fini et définit à 21 millions. Les créateurs du Bitcoin ont reproduit le modèle de rareté de l’or : plus le temps passe, plus il devient difficile de “miner” des Bitcoins. Le nombre de Bitcoins augmentera donc un peu avec le temps, mais de façon logarithmique : chaque année, il y aura de moins en moins de Bitcoins, et il faudra de plus en plus de puissance de calcul (donc d’électricité) pour en produire.

Essayer de se procurer des Bitcoins semble intéressant, du fait qu’il y a de moins en moins de Bitcoins produits : c’est ce qui engendre la spéculation.

Avec la monnaie libre en général, et la Ğ1 en particulier, c’est exactement l’inverse : plus le temps passe, plus le nombre de Ğ1 augmente, et plus il augmente vite. La création de Ğ1 est exponentielle (mais pas la consommation électrique, heureusement).

Essayer d’accumuler maintenant plein de Ğ1 dans l’espoir de pouvoir plus tard les échanger contre beaucoup plus de biens, de services ou d’unités d’autres monnaies serait donc un pari risqué.

Contrairement aux monnaies les plus utilisées dans le monde, la monnaie libre n’est PAS un instrument de pouvoir.

Contrairement aux monnaies les plus utilisées dans le monde, la monnaie libre est un véritable instrument de mesure des valeurs économiques.

Comme le mètre, le gramme ou la seconde, la monnaie libre est un instrument de mesure des valeurs fiable dans le temps.

Par exemple, si, en 3 ans, le prix d’un expresso passe de 1,50 DU à 2,00 DU, vous pouvez être sûr que c’est bien le prix de votre café qui a augmenté, pour une raison ou une autre (mauvaise récolte, guerre civile au Venezuela, etc.). Vous ne pouvez pas en dire autant de l’Euro : si en 3 ans le prix d’un expresso passe de 1,50 € à 2,00 €, ça peut très bien être l’augmentation de la masse monétaire (« l’inflation ») qui a fait diminuer le poids relatif de votre monnaie (son « pouvoir d’achat »).

Bien-sûr, vous êtes libre d’essayer d’accumuler des Ğ1 dans votre porte-feuille, en espérant qu’un jour elles vous permettront d’acheter plus qu’aujourd’hui, mais il n’y a aucune garantie que ça se produise. Surtout, ce serait passer à côté de l’essentiel de l’intérêt de cette monnaie, qui est d’obtenir de vraies valeurs économiques (biens et services), et non pas de la monnaie, qui n’est qu’un instrument de mesure et une unité de compte.

« C’est comme un SEL ? »

Pas exactement.

Les SEL ont cet avantage, par rapport à une monnaie créée par des banques privées par le biais de la dette, que le code monétaire qu’ils adoptent présente une symétrie spatiale : à un instant t, tous les individus sont égaux face à la création monétaire.

Leur système monétaire est parfois matérialisé sous la forme d’un carnet de JEU, dans lequel on inscrit les échanges qu’on a effectués avec les autres selistes.

Le Jardin d’Échanges Universel, utilisé dans le SEL du Golfe du Morbihan
Le carnet de JEU (Jardin d’Échanges Universel), que j’utilisais lorsque je participais au SEL du Golfe du Morbihan

En revanche, les codes monétaires utilisés dans tous les SEL jusqu’à présent ne possédaient pas de symétrie temporelle ; c’est-à-dire que, à terme, les nouveaux entrants subiraient les rapports de pouvoir créés par les premiers entrants.

Concrètement, un nouvel arrivant à qui on permettait un solde négatif allant jusqu’à 1000 fleurs de sel se retrouverait en position d’infériorité dans la négociation de ses services face à quelqu’un qui posséderait 25000 fleurs de sel de crédit.

Certains SEL essayent de corriger ce problème en imposant que 1 fleur de SEL = 1 minute de temps, mais alors les individus ne sont pas libres d’estimer eux-même la valeur.

Un SEL, s’il souhaitait permettre l’égalité entre ses membres quelle que soit leur date d’arrivée, devrait donc se doter d’un code monétaire qui garantisse la symétrie temporelle.

La monnaie libre n’est pas un SEL, mais un SEL a parfaitement le droit de créer une monnaie libre pour répondre à ses besoins.

« C’est une MLC comme le Sol-Violette, l’Eusko, etc. ? »

Non.

Contrairement aux monnaies locales complémentaires telles que celles autorisées par la loi du 31 juillet 2014, la monnaie libre Ğ1 n’est pas adossée à l’Euro.

La monnaie libre Ğ1 n’est donc pas créée par des banques privées sous forme de monnaie-dette, mais coproduite chaque jour par tous ses membres via le dividende universel.

« Le DU est-il un revenu de base ? Un revenu universel ? »

Le Dividende Universel est le seul moyen par lequel peuvent être créer des unités monétaires (des Ğ1). En ce sens, on peut dire que c’est un “revenu de base”, au sens où il sert de base à la monnaie.

Le DU est versé chaque jour à tous les membres de la toile de confiance. En ce sens, on peut donc dire qu’il est un “revenu universel” (du moins pour les membres de la toile de confiance).

En revanche, qu’il soit ou non possible de vivre avec le DU n’est pas défini dans le code monétaire.

Actuellement, personne n’a encore réussi à subsister avec son seul DU.

C’était encore moins le cas lorsque la Ğ1 a été créée, le 8 mars 2017, par les 59 premiers membres.

Peut-être que dans quelques années, lorsque la Ğ1 aura beaucoup plus de membres qui produisent des biens et des services, et que la concurrence entre producteurs aura fait baisser les prix de marché, il sera possible de se nourrir avec le seul DU.

Actuellement, on en est encore loin.

Mais gardez patience, espoir et persévérance : Rome ne s’est pas faite en un jour 😉

« Une monnaie libre est-elle sujette à l’inflation ? »

Le terme “inflation” renvoie à l’augmentation générale du niveau des prix.

Dans les systèmes monétaires traditionnels, cette augmentation générale du niveau des prix est généralement attribuée à l’augmentation de la masse monétaire.

En monnaie libre, la masse monétaire augmente à un rythme prévisible : 10% par an.

Est-ce que ça veut dire que les prix de toutes les denrées augmentent de 10% chaque année ?

Oui… et non.

Pour comprendre ça, plaçons-nous dans un système que vous connaissez déjà : le système Euro.

L’exemple de la pizza

Imaginez qu’en 2019, vous puissiez créer 150 € chaque mois, soit environ 5 € par jour.

Appelons ces 5 € que vous créez chaque jour Dividende Universel (ou DU).

Chaque jeudi soir, vous sortez avec vos amis pour manger chacun une pizza, que vous payez 10 €

Par rapport à la monnaie que vous créez chaque jour, une pizza représente :

10 / 5 = 2 DU

Que se passera-t-il en 2020 ?

La masse monétaire augmentera de 10 %.

Votre pizzaïolo préféré répercutera peut-être l’augmentation de la masse monétaire sur ses prix et, si c’est le cas, vous paierez votre pizza 11 € au lieu de 10 €.

Oui, mais, attention :

C’est vous qui serez responsable de cette augmentation de la masse monétaire !

Concrètement, au lieu de créer 5 € chaque jour, vous créerez maintenant 5,50 €.

Par rapport à la monnaie que vous créez chaque jour, une pizza représentera donc :

11 / 5,5 = 2 DU

Aurez-vous perdu en pouvoir d’achat ?

“Mais c’est embêtant les prix qui bougent tout le temps !”

Ne vous inquiétez pas pour ça :

Les acteurs économiques choisiront probablement d’afficher les prix en DU et, comme vous venez de le constater avec l’exemple de la pizza, l’augmentation de la masse monétaire ne fera pas changer le prix en DU.

« Si les prix ne diminuent pas en DU, alors l’épargne fond quand le montant du DU augmente, non ? »

Ça peut être vrai dans certains cas particuliers :

Pour ceux dont le solde est au-dessus du solde moyen par membre, si les prix ne diminuent en DU, l’augmentation du nombre de G1 dans un DU va diminuer le nombre de DU possédés.

Pour ceux dont le solde est en-dessous du solde moyen par membre, le versement du DU va augmenter le nombre de DU possédés.

Au fil du temps, les soldes de chacun convergent vers le solde moyen.

C’est l’une des grandes propriétés de la monnaie libre : deux individus dont les soldes seraient éloignés de part et d’autres de la moyenne verraient leurs soldes converger s’ils n’avaient aucune activité économique pendant 40 ans :

Il faut garder une chose en tête cependant : Les valeurs économiques varient dans le temps.

En règle générale, la valeur des biens produit augmentent avec le temps.

Un ordinateur portable de 2019 est bien supérieur à un ordinateur fixe de 2009, alors qu’il est vendu bien moins cher.

La Golf VII de 2012 n’a rien à voir avec la Golf II de 1983.

« Le fait de devoir rencontrer physiquement des personnes pour être certifié discrimine les personnes qui souffrent de phobie sociale »

Rencontrer des gens est certes nécessaire pour être certifié.

Mais c’est aussi nécessaire pour échanger !

Actuellement, on ne peut pas payer l’envoi d’un collissimo en Ğ1 ; il faut utiliser des €.

L’essentiel des échanges de biens se fait donc assez naturellement en face à face, durant les réunion monnaie libre.

Dès lors, quelle utilité auriez-vous de produire de la monnaie si vous ne pouvez pas l’utiliser pour échanger ?

Quel intérêt y a-t-il à simplement accumuler des chiffres dans un ordinateur ?

« Les crypto-monnaies sont mauvaises pour l’environnement, non ? »

Bitcoin est anti-écologique ; c’est vrai.

Par contre, les consommations énergétiques du réseau Duniter, qui est le support de la monnaie libre Ğ1, sont très loin derrière celles du Bitcoin.

En effet, ce n’est pas parce que Bitcoin utilise la blockchain qu’il n’est pas écologique.

Bitcoin engendre de fortes consommations d’électricité, parce que la création monétaire se fait par le minage : c’est-à-dire que faire tourner des ordinateurs génère (généralement) du profit, puisque c’est comme ça que se fait la création monétaire dans Bitcoin. Consommez de l’électricité, et vous aurez des Bitcoins.

À l’inverse, on ne peut pas “miner” de la Ğ1, puisque la création monétaire se fait uniquement par le versement du dividende universel.

Les ordinateurs qui vérifient les transactions en Ğ1 le font bénévolement. Ils sont rémunérés par un système de dons.

Par ailleurs, la preuve de travail, qui sert à vérifier la validité des transactions avant de les inscrire dans la blockchain, est plus efficace dans Duniter du fait qu’elle s’appuie sur la toile de confiance, ce qui n’est pas possible dans le Bitcoin.

Duniter consomme donc très peu d’électricité par rapport à Bitcoin, et il ne semble pas déraisonnable d’imaginer qu’à terme la monnaie libre, par sa capacité à impulser un changement de paradigme de société, ait un impact positif sur l’environnement.

Pourquoi ça s’appelle la monnaie “libre” ?

Dans la Théorie Relative de la Monnaie, Stéphane Laborde définit la monnaie libre comme respectant les quatre libertés économiques suivantes :

  1. Liberté de modification démocratique
  2. Liberté d’accès aux ressources
  3. Liberté de production de valeurs
  4. Liberté d’échange « dans la monnaie »

La liberté s’entend aussi aux sens :

  • non-nuisance d’autrui vis-à-vis de soi-même
  • non-nuisance de soi-même vis-à-vis d’autrui.

Dans un système monétaire libre :

  • la symétrie spatiale permet à un individu d’éviter de nuire à ses contemporains,
  • la symétrie temporelle permet à une génération d’éviter de nuire aux suivantes.

Les 4 libertés fondamentales de la monnaie libre sont directement inspirées de celles du logiciel libre, telles que les a définies Richard Stallman.

Stephane Laborde en compagnie de Richard Stallman pour illustrer la citation "free as in free speech, not as in free beer"
Stephane Laborde en compagnie de Richard Stallman pour illustrer la citation :
“Free as in free speech, not as in free beer”
(source : Wikimedia Commons, licence Creative Commons BY SA)